Quels sont les savoirs produits et quels en sont leurs usages dans le cadre de l'intervention clinique ?

Par P.A Guyot, cadre pédagogique IFOCAS ; responsable du DEIS

Toute pratique et l’intervention clinique est une pratique, s’appuie sur une réalité politique. En effet, elle met en œuvre des objectifs, opère des choix qui, selon leur niveau de complexité sont des choix politiques ou de sociétés, mais sont aussi des choix de dispositifs, des choix dans le découpage des savoirs, ceux retenus comme pertinents etc.
La question des choix est politique au sens fort du terme. Le travail de recherche s’organisera ainsi selon les perspectives d’une activité finalisée. « Finalisé » ne signifie pas que l’action ou les actions découlent immédiatement d’une seule manière de voir le déroulement de ce travail. Il s’agit en fait à la fois d’organiser des plans qui permettent d’identifier où portent les réflexions et de proposer un cadre à ce travail.

Les plans qui organisent le travail sont les suivants :

  • Au plan épistémologique et au plan des usages sociaux. L’expert ou sa figure invoquée relève d’une sorte de représentant du réel : "il ou elle sait mieux que moi et il sait mieux pour moi". Nous interrogerons sur ce plan la nature de la division du travail, que ce soit sur le plan de la production de connaissances, ou encore sur le plan politique. Quelle nature d’interaction se noue entre les professionnels (ici l’exemple des étudiants ou des diplômés du DEIS sera majeur), les publics et les politiques commanditaires (association, collectivités territoriales etc.).

L’enjeu démocratique de la critique de la constitution et du fonctionnement des savoirs est ici au centre du travail de l’intervention et c’est cet enjeu qu’il s’agit de comprendre.

  • Au plan politique : quelle est la politique des savoirs, dans quelles finalités sont-ils sollicités, qu’en disent les acteurs et comment travaillent-ils à ces savoirs d’interactions que sont les savoirs de l’expertise clinique. Toute conception de l’intervention d’expertise en sciences humaines est ici sollicitée. Par exemple quelle nature de restitution est-il fait aux personnes concernées? Comment ces mêmes personnes sont ou non informées, mobilisées, sollicitées, accompagnées, suivies au cours des interventions.

Toujours au plan politique, nous interrogerons également la nature de ce que sont les demandes adressées aux intervenants et les significations des évolutions contemporaines du secteur social (comment s’articulent et peuvent se penser les champs professionnels, de la formation et de l’intervention).

  • Au plan des expérimentations enfin, qu’elles sont les pratiques d’intervention qui voient le jour. La question sera de savoir ici quelles sont les initiatives et formulations inédites, favorisent-elles ou au contraire entravent-elles des processus au sein même des institutions et des organismes qui passent des commandes d’intervention? La question de l’intervention est ici celle de savoir à quelles modalités de traitement répond les interventions sollicitées par différents protagonistes du champ social. Y a-t-il des modes de coopération, de conflictualité qu’il est possible d’identifier au cours de l’intervention. Que sont en conséquence les pratiques d’intervention, les dispositifs mis en œuvre, l’organisation et les modes de travail, les méthodes et les supports de ces interventions, les configurations des espaces de socialisation et les processus de régulation des comportements, les idéologies (ou les philosophies sociales) et en conséquence le rapport au savoir à l’œuvre dans ces pratiques.

Quelles sont par ailleurs les attentes que ces interventions suscitent, que ce soit du point de vue des commanditaires que des intervenants eux-mêmes : innovations éducatives et/ou dans les prises en charge, reconfigurations institutionnelles, mise en œuvre de nouvelles professionnalités, déplacements voire redéfinitions des modes de prise en charge et de la division du travail social et éducatif.

Le cadre de la recherche peut se dérouler selon deux orientations pratiques.

  - l’une porte sur la question des implications personnelles dans l’intervention clinique : quelle significations donner à ses interventions, quelques qu’en soient les formes (commande, analyse des pratiques, dispositifs de recherche intervention etc.), aux places occupées au cours des interventions.

  - l’autre porte sur les dispositifs eux-mêmes, leurs organisations, leurs orientations, les traits qui sont marquants : commande, demande, postures de travail dans l’intervention, nature des expertises produites, théories mobilisées, formes des restitutions, des recommandations, nature des données recueillies et leur analyse etc.

Notre terrain de recherche se situera avant tout à partir des travaux de commande des D.E.I.S (voire des travaux des DSTS) ainsi qu’un travail d’investigation des commanditaires potentiels d’ingénierie et d’expertises. Un travail systématique est prévu à partir d’une trente milieux différents.

Dans les deux cas, c’est bien à la question de la production de savoirs et à leurs caractéristiques que nous nous intéresserons : quels sont les savoirs produits et quels sont leurs usages dans le cadre de l’intervention clinique. Savoirs d’action, savoirs pratiques, les savoirs en usage chez les professionnels, leur mélange ou leur métissage dans la production des questions d’expertise.

De quelles façons sont mobilisées les sciences sociales dans le cadre des interventions : éclectisme, métissage, etc.

Pour résumer, quatre niveaux sont au travail ;

  • L’étude critique de l’analyse descriptive du processus qu’amène l’intervention clinique ;
  • Le contrôle des effets recherchés au plan de l’action et la nature des indicateurs adoptés par ceux qui interviennent;
  • L’identification des autres effets, en particulier ceux qui ne sont pas recherchés et que produit toute intervention ; l’analyse fonctionnelle du processus à différents niveaux de la réalité concernée ;
  • L’élucidation des significations sociales latentes (en amont, en aval de l’intervention) par une approche historique à plus long terme.

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