Accueil social et production de discriminations ?

Par B.Baldelli et S.Chabouni, cadre pédagogique et chargée de formation à l'IRTS de Perpignan.


Préambule

En ouvrant le chantier de la recherche sur les discriminations articulées à l’intervention sociale avec le colloque de Cabestany , nous avons posé un cadre de réflexion au niveau des conceptions, des intentions, des discours et des injonctions qui conditionnent l’hospitalité actuelle. Les exilés contraints par l’inhospitalité de leur terre d’appartenance, les migrants économiques ou politiques, les apatrides ne sont pas seulement des personnes à accueillir, conseiller, soigner, orienter ; ils sont aussi ceux et celles qui devraient questionner les postures professionnelles, susciter les réflexions sur les pratiques.
Venus d’un extérieur, ils seraient à même de provoquer les questionnements à l’intérieur des organisations de l’intervention sociale, au niveau des applications des politiques sociales et publiques, des pratiques formelles et informelles, des représentations.

Cadre de la problématique

Dans un contexte où les droits sociaux et leurs modes d’attributions connaissent depuis les années 80 une évolution inhérente au processus de remise en cause de l’Etat providence dit « classique » (Astier, 2000), c’est désormais l’acquisition d’un statut qui permet l’éligibilité à ces droits. Dans ce cadre, le rapport aux dispositifs et structures chargées des procédures se formalise par des échanges au guichet entre professionnels et usagers.
Mais il faut également se pencher sur les changements de rapports sociaux entre l’usager et les institutions d’aide sociale, lorsque l’on passe de l’accès aux droits sociaux à l’individualisation des aides sociales.
La confrontation aux institutions revêt une forme plus complexe et constitue un véritable enjeu puisque les agents évaluent les situations des demandeurs et apprécient les caractéristiques qu’ils jugent devoir prendre en compte pour statuer. C’est ce que certains auteurs appellent la « magistrature sociale » qui prévaut dans une « politique des situations » (Astier, 2000).
Dans ce cadre, des relations parfois complexes se développent, des enjeux cruciaux structurent les échanges. Le récit des personnes au guichet, à l’accueil des institutions donne lieu à une évaluation de leur situation et d’eux-mêmes dont dépendra souvent la mise en place de l’aide attendue. C’est particulièrement accru dans l’attribution des minima sociaux, comme le RMI (Astier, 1996) ou la couverture maladie universelle (Leduc, 2008). Elle prévaut également pour les aides d’urgence (Fassin, 2000), et dans une large mesure pour les allocations de chômage dont l’octroi implique la reconnaissance d’une recherche active d’emploi, et donc une évaluation des démarches et de la « volonté » individuelles des demandeurs.
Dans tous les cas, la complexité des situations combinée au flou des critères d’appréciation confère à la rencontre directe avec les institutions sociales une importance inédite.
Les interactions de face à face au guichet de l’accueil reposent sur le récit, l’écoute, l’évaluation de la situation et produisent la réponse plus ou moins immédiate à la demande et parfois à la détresse des usagers. Ainsi, ces interactions recouvrent des implications réelles sur la vie des personnes en demandes d’aide, mais également sur la mise en œuvre de l’intervention sociale pouvant y faire suite. La notion d’accueil renferme la nécessité de la connaissance de l’autre et son acceptation. Cependant, nous pouvons faire l’hypothèse que les dimensions procédurales et les représentations de l’accueilli conditionnent la qualité de l’accueil social tout en jouant sur les processus discriminatoires.
Le pouvoir de considération et de décisions que détient l’agent produit-il les conditions de l’accueil aidant ou au contraire la mise en œuvre de représentations discriminantes ?

Ainsi, la question centrale sera de rechercher les pratiques et les représentations dans les situations d’accueil institutionnel et notamment dans les interactions de face à face entre l’accueillant et l’accueilli comme rapport social asymétrique et contextualisé. Il s’agit également d’analyser ce rapport social afin d’y repérer des représentations et des attitudes discriminantes qui pourraient affecter les interactions entre le professionnel et l’usager.
Dans l’objectif d’une approche qualitative des postures d’accueil, des compétences acquises ou à développer chez l’agent d’accueil, mais aussi les avancées et les limites des pratiques actuelles dans l’intervention sociale au regard des discriminations. Les textes en vigueur tendent à « garantir (….) l’accès effectif de tous aux droits fondamentaux dans les domaines de l’emploi, du logement, (…) de la protection de la famille et de l’enfance » (Art.1 de la loi du 29 juillet 1998). De plus, la législation sur les discriminations vient renforcer la garanti de cet accès en sanctionnant toute « (…) distinction opérée entre les personnes physiques à raison de (…)» (Article 225-1)

  • Comment les professionnels s’approprient ce cadre juridique ?
  • Quels sont les écarts entre le travail d’accueil prescrit et sa réalisation vécue ?
  • Quelles éthiques de l’accueil dans les pratiques effectives au sein des institutions pour les personnes en difficultés sociales ?
  • Quels impacts ont ces pratiques sur les relations de l’usager avec l’institution ?
  • Quels sont les principaux vecteurs de la production de la discrimination dans l’accueil institutionnel?
  • Comment les professionnels et les usagers se représentent le fait discriminatoire ?
  • Quelles sont les attitudes discriminantes dans les interactions de l’accueil ?

>> Suite de la présentation du projet de recherche >>


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